conseil municipal


Qu’est-ce qui peut motiver une citoyenne à s’informer auprès d’un conseiller des priorités du Conseil? Comment comprendre qu’un citoyen consacre un samedi de congé pour participer à une séance d’information sur un règlement d’urbanisme? Quel intérêt peut-on avoir à assister aux séances du Conseil municipal un vendredi soir? Notre rôle n’est-il pas limité au jour du scrutin à voter pour choisir ceux et celles qui vont le mieux s’occuper de nos affaires à tous? Notre responsabilité citoyenne est-elle plus large?

Un Conseil restreint …

Il est loin le temps où le Conseil décidait de l’ouverture et de la fermeture du chemin ou montait voir le député pour avoir des octrois et donner de l’ouvrage aux «hommes de la place» qui n’étaient pas partis sur les chantiers! Aujourd’hui, de multiples transferts de compétences et de responsabilités sont dirigés vers les municipalités : santé, sécurité civile, hygiène du milieu, compostage, transport … etc. … Aux nouvelles responsabilités municipales s’ajoutent également les nouveaux besoins issus du développement exceptionnel des dernières années. L’abondance de dossiers à travailler et à discuter partagé par cinq personnes amène une tâche plus lourde et exigeante il me semble.

Il y a une vingtaine d’année, la population a diminué au point que la Municipalité a demandé et obtenu une dérogation afin de restreindre le nombre obligatoire de postes constituant un Conseil municipal. Depuis, nous élisons quatre conseillers-ères au lieu de six tel que prescrit pour l’ensemble des municipalités du Québec. S’il est plus facile ainsi de voir les postes comblés après chaque élection, il y a un revers à la médaille.

D’abord, les échanges, les réflexions et les décisions sont portés par moins de personnes. Même si les rencontres du Conseil statutaire se tiennent les vendredis pour faciliter la participation des villégiateurs au lieu du premier lundi du mois comme pour l’ensemble des municipalités, bien peu de gens y assistent. La composition actuelle du Conseil illustre aussi notre nouvelle réalité de villégiature. Trois membres sur cinq ont leur résidence principale à l’extérieur du territoire. Nous connaissons régulièrement des difficultés à respecter le quorum nécessaire à la tenue des assemblées ce qui amène des délais de toutes sortes et des pertes d’énergie. Une réunion de Conseil à trois devant une personne dans la salle n’est pas un portrait exceptionnel. Malgré les échanges de courriel et l’utilisation du «téléphone intelligent» il peut ensuivre une réflexion commune moins éclairée de l’équipe des conseillers et conseillères. Quant à la richesse de ses débats, à mon avis, le Conseil est handicapé parce que la moitié de ses membres ne sont pas témoins du quotidien de la communauté. En sommes nous, à revenir à un Conseil complet ? Ce me semble une piste de réflexion …

Une pierre angulaire de la démocratie : l’information

Du nombre de conseillers aux devoirs du maire en passant par l’obligation d’afficher le projet de règlement, l’ensemble du fonctionnement d’une municipalité et de son Conseil sont régie par le Code municipal. Le législateur a voulu un cadre pour assurer une bonne gestion des deniers publics, d’un minimum pour l’accès des citoyens à l’information et d’un lieu leur permettant de participer aux décisions. En fait, qu’est-ce qu’un Conseil municipal? La réunion des conseillers et conseillères que nous avons élus et qui, mensuellement, devant les citoyens, prennent des décisions par résolutions consignées dans un procès-verbal servant de guide et de mémoire dans la gestion de la Municipalité. Ces conseillers sont escortés par un maire qui préside la rencontre et s’assure du bon déroulement des discussions; il fait le pont avec la MRC où il siège en notre nom. Le Conseil est soutenu par un directeur général qui est le gardien des lois et des règlements. Tout a été prévu pour qu’on s’occupe bien de nos affaires!

Alors quel intérêt peut-on avoir à assister à un conseil municipal un vendredi soir? Nous avons confié la gestion de l’île, nous ne l’avons pas donné! Et bien, j’ai besoin d’être informée! Sans «journal ou bulletin municipal» comme ailleurs l’information qui circule se contamine de rumeurs. Quand est-il des dossiers discutés par les élus ou des projets présentés ou des contrats qui sont donnés en notre nom? Les procès verbaux sont accessibles mais, après leur adoption un mois plus tard. En plus, l’information n’y est pas très limpide! Et bien, j’ai besoin d’être informée, savoir pour comprendre. La seule source c’est la réunion du Conseil …

Je suis née ici, mes ancêtres y ont vécus depuis plus de 200 ans. Je me sens concernée par ce qui se passe dans «mon île»et dans ma région. J’ai vécu à Limoilou et je me sentais concernée par ce qui se passait dans mon quartier. Je suis responsable parmi d’autres dans ma communauté … Et puis, il me semble, qu’être une élue et voir des gens dans la salle, ça m’aiderait à ne pas oublier pourquoi je suis là. Si j’étais une élue ça me ferait du bien de voir des gens qui sont intéressés par ce que je fais. Et il me semble que voir des gens dans la salle ça m’aiderait à vérifier si ma décision protège le bien commun … Je me trompe?

Des élus …

Ayant reçu la confiance en leur gouvernance, ces femmes et ces hommes, que nous avons élus, acceptent de réorganiser leur vie pour une certaine période, d’être disponibles aux autres, à la communauté et acceptent de travailler pour le «bien commun». J’ose emprunter un qualificatif qu’a utilisé Jean-Luc Mongrain lors d’une récente entrevue radiophonique au sujet des politiciens : «le rôle d’un ou d’une élu-e est magnifiquement important». Ce sont des gens qui ont la responsabilité de notre milieu de vie, de la qualité de nos rapports, de la protection de nos valeurs collectives et de notre patrimoine. Je crois que ça demande de la vaillance, du temps, de la patience et surtout, un désir aigu de justice et «d’humanité». Au-delà des obligations imposées par les autres paliers de gouvernement, ils doivent naviguer au travers des priorités de tous et chacune. Ne se sentent-ils pas abandonnés par leurs électeurs?

Ont-ils pris de bonnes ou de mauvaises décisions? Qui peut répondre? Mais comment elles ont été prises ces décisions? Quels critères? Ce qui m’éclaire c’est l’évaluation du comment se sont faites les choses! Alors si pendant quatre ans, il n’y a pas d’échanges avec eux, si nous ne leur rappelons pas nos attentes, si nous ne leur apportons pas notre point de vue, si nous ne les guidons pas dans les choix pour l’avenir de notre territoire quel est notre rôle d’occupant de ce territoire? Comment savons nous qu’on a veillé à nos intérêts?

Pour caricaturer, nous abandonnons les élus en nous lavant les mains. Un petit sursaut parfois en payant nos taxes par un commentaire ou une tape dans le dos sur le bord du quai et on attend 4 ans pour évaluer leur travail. Réélire ou changer …

Sans doute, différents moyens pourraient être mis en place pour faciliter le rapprochement entre le Conseil et la population en tenant compte de nos réalités particulières … une période de questions en fin de rencontre du Conseil pour pouvoir intervenir sur les sujets du jour … un bulletin municipal … une assemblée publique annuelle, genre colloque d’un jour … des comités de citoyens «aviseurs» sur le budget, le développement économique, le projet d’un centre communautaire … ce sont des pistes de réflexion …

Je crois que nous sommes tous et toutes concernés élus et électeurs. Nous le sentons à des degrés divers bien sûr. Mais il y a de l’espace entre le goût légitime de paresser avec un verre de vin ou de participer à l’organisation de la St-Jean ou de préparer un numéro de l’Insulaire et celui d’aller s’asseoir dans la petite cuisine du presbytère à écouter des échanges parfois décousus naviguant dans l’ordre et le désordre du jour. Peu importe nos réalités d’urbains qui viennent décrocher au chalet un fin de semaine; peu importe nos réalités de locateurs touristiques; peu importe nos réalités d’insulaires qui sommes fatigués d’être impliqués dans tout; il y a une façon d’être témoins et d’être des citoyens devant NOTRE Conseil municipal … Ne serait-ce que garder les choses à la lumière.

Partout au Québec, il y aura des élections municipales à l’automne. Nous sentons-nous concernés comme «verdoyants»?

Comme disait Claude Béland lors de la présentation du Livre blanc municipal en novembre dernier : «En tant que gouvernement de proximité, c’est la municipalité qui peut mobiliser les gens … et la première question est toujours : Qu’est-ce qu’on veut faire ensemble?».i

Michèle Dionne

P.S. : Ce qui est passé a fui, ce que tu espères est absent, mais le présent est à toi. (Proverbe arabe)

i Urba, Livre blanc municipal, l’avenir a un lieu, Éditions spéciale, Comité des sages, Union des municipalités du Québec, Janvier 2013.

Pour en savoir plus : www.livreblancmunicipal.ca